L’ex-premier ministre Topolanek poussé à la trappe après ses propos fracassants

 

Deux mois avant les élections législatives tchèques, Mirek Topolanek, l’ex-premier ministre et chef du Parti civique démocrate (l’ODS, droite), vient d’être évincé par ses collègues de la direction. Petr Necas, l’un des vice-présidents, a été chargé de mener la campagne électorale à sa place. Ce n’est qu’en automne qu’un congrès devra choisir le successeur de M. Topolanek.

 

« C’est un juif, il recule »

Qu’est-ce qui a poussé ce parti politique majeur à remercier à un moment si peu opportun l’homme qui était à sa tête depuis huit ans ? C’est le contenu de l’échange informel que M. Topolanek avait eu quelques jours plus tôt avec le rédacteur d’un magazine gay de Prague lors d’une séance photo, échange enregistré et ensuite publié sur le site du quotidien Blesk.

Lors de ce dialogue, M. Topolanek a entre autres exprimé ses opinions sur les chrétiens, les homosexuels et les juifs. Sorties de la bouche du chef d’un parti qui se veut conservateur, elles sont plutôt surprenantes :

« L’Eglise a accédé au pouvoir au moyen de l’abêtissement des masses, oui, c’est au moyen du lavage total de cerveaux qu’elle s’est accaparé des gens et de leurs esprits. Elle a utilisé le christianisme en tant qu’outil de pouvoir… »

Invité à s’exprimer sur la question de l’homosexualité, M. Topolanek a confirmé l’existence d’un couple homo qui avait été révélée quelques semaines auparavant par le syn-dicaliste Jaromir Dusek : l’union entre Jan Novak, chef du secrétariat du gouvernement, et Gustav Slamecka, ministre des transports. Et il est allé jusqu’à avouer qu’il empruntait leur appartement :

« Par exemple, mon ami Gustav Slamecka vit avec Jan (Novak). Et lorsque je n’avais pas encore où aller avec Lucie (Talmanova, l’actuelle compagne de Topolanek, NDLR), on empruntait leur appartement et, des fois, on se sentait un peu bizarre. »

Avant d’ajouter quelques généralités explosives sur la nature des homosexuels et des juifs :

« Gustav Slamecka, quand il y a un problème, lui, en tant que ministre, il recule. Et ce Fischer (le premier ministre, NDLR), c’est un juif, ce n’est pas un gay, mais lui il recule encore davantage. »

 

On ne tolère pas les politiciens bouffons

Après la publication de l’intégralité des propos de M. Topolanek, le premier ministre Jan Fischer a réagi en déclarant qu’il ne souhaitait plus croiser le chef de l’ODS en dehors des occasions strictement officielles.

La société tchèque, elle, réagit avec des rires et des sarcasmes. Sur la vidéo enregistrée lors de la séance photo pour le magazine gay Lui, tout en sortant ses paroles étonnantes, Topolanek enfilait les sweet-shirts colorés et moulants sur son corps costaud. Plus que ses déclarations fracassantes, c’est parce qu’il avait perdu tout crédit public aux yeux de ses compatriotes que la direction de l’ODS a détrôné Topolanek. Elle a fini par constater qu’un bouffon pourrait difficilement aspirer au leadership d’un pays.

Il existe d’ailleurs un précédent dans l’histoire politique tchèque récente : en juillet 1989 Milos Jakes, le secrétaire général du parti communiste de l’époque, a livré un discours interne envers ses camarades, lequel a été enregistré secrètement et diffusé grâce aux médias occidentaux. Par ses propos sincères et légèrement incohérents Jakes s’était rendu ridicule et avait perdu le reste de son autorité politique, déjà modeste. Un débat sur sa succession au sein du parti communiste a alors été ouvert. Les évenements de novembre 1989 ont précipité les choses et poussé Jakes a se retirer entièrement de la vie publique.

 

Rue 89, 29. 3. 2010

One Comment
  1. stanislav permalink

    to spojení topolánek – jakeš, to je půvabné, to by mě nenapadlo.

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