Une nouvelle « défenestration de Prague » s’est faite par les urnes
En bouleversant la scène politique tchèque, vendredi et samedi derniers, les électeurs ont entendu les appels de nombreuses initiatives civiques appelant à changer les dirigeants actuels, jugés incapables et corrompus, tous en bloc.
Le gagnant qui perd et le perdant qui gagne
Les deux grands partis – le Parti social démocrate tchèque et le Parti civique démocrate – reculent considérablement par rapport aux dernières législatives et deux petites formations du centre, n’ayant pas dépassé le seuil de cinq pour cent de votes, doivent quitter le parlement : les Verts, soutenus par l’ex-président Vaclav Havel, et le Parti populaire, d’obédience catholique, le plus vieux parti tchèque représenté à la Chambre des députés depuis 1919 jusqu’à nos jours. Les sièges laissés vaccants vont être pris par deux nouveaux venus ayant atteint des scores à deux chiffres.
Quatre chefs de partis, y compris le vainqueur des élections, ont annoncé leur démission samedi, avant même la publication des résultats finaux.
C’est le vainquer des élections qui est paradoxalement leur plus grand perdant : Jiri Paroubek, chef du Parti social-démocrate tchèque que tous les sondages donnaient gagnant, après quatre années passées dans l’opposition. Certes, son parti est bien arrivé en première position, mais le score de 22 pour cent et l’absence d’alliés ne lui permettent pas de gouverner. M. Paroubek a déjà fait part de son départ imminent du poste du président du parti, devant ainsi suivre de peu son principal rival, l’ex-premier ministre Topolanek du Parti civique démocrate, limogé il y a quelques semaines par ses pairs.
La future coalition gouvernementale se dessine déjà autour de Petr Necas assurant l’intérim à la tête du Parti civique démocrate, bien que ce dernier ne soit arrivé qu’en deuxième position avec quelques 20 pour cent de voix, 15 pour cent de moins (!) par rapport aux législatives de 2006.
Les nouveaux venus, les « sauteurs » et les « sautés »
Les seuls vrais vainquers du scrutin sont les deux nouveaux venus au parlement, qui veulent gouverner en coalition avec le Parti civique démocrate. TOP 09 est un parti conservateur dirigé par le prince Karel Schwarzenberg, les « Affaires publiques » de Radek John, un ex-journaliste, sont une formation populiste menant un violent discours contre les « dinosaures » politiques.
Les citoyens ont aussi largement profité de l’occasion de brouiller l’ordre des noms sur les listes éléctorales des partis (on vote à la proportionnelle en Tchéquie, avec 14 listes régionales séparées) par un « vote préferentiel ». Ivan Langer, l’ex-ministre de l’intérieur et chef de la campagne du Parti civique démocrate, ainsi que Petr Benda, bras droit du leader du Parti social-démocrate, ont été évincés du parlement, les électeurs ayant propulsé à leurs places des personnes qui se trouvaient derrière eux sur les listes de leurs partis respectifs.
Et les nouvelles de démissions des chefs et des sous-chefs de file continuent à venir. Les électeurs tchèques ont envoyé un message fort à leur classe politique ; celle-ci va-t-elle les entendre ?
Rue89, 31. 5. 2010




